Débat entre Lili Sans-Gêne et le docteur Bernard Legras.

On n’est même pas sûr que Jésus ait existé: c’est peut-être un mythe, comme il y en a eu dans tant de religions.

Actuellement, aucun spécialiste sérieux ne nie l’existence de Jésus. Les Juifs n’ont jamais contesté sa vie. Flavius Josèphe, un historien du premier siècle, a écrit: «Vers le même temps vint Jésus, homme sage…» Enfin, le discours de Jésus est unique: «Naturel, lapidaire, à la fois totalement imprévisible et totalement identifiable», comme le remarque l’écrivain Emmanuel Carrère dans Le Royaume.

Si on reconnaît l’historicité de Jésus, le fait qu’il soit mort sur la croix n’est pas du tout prouvé. De nombreuses thèses affirment même l’inverse: il n’est pas mort sur la croix, ou bien c’est un autre homme, ou bien il a fait semblant… Alors, comment voulez-vous prouver sa résurrection ensuite?

 En premier lieu, les principaux adversaires de Jésus (les dirigeants juifs, Celse le Romain…) n’ont jamais contesté sa mort sur la croix. Certes, les musulmans avancent la théorie de la «substitution». Le Coran (sourate 4, versets 156-157) dit: «Ils [les Juifs] ne l’ont ni tué ni crucifié, ce fut une illusion.» Mais il s’agit d’une affirmation théologique sans aucune explication. Une autre théorie est celle de la «mort apparente»; contre elle il y a des données d’ordre médical:

– la flagellation subie par Jésus; elle déchiquette le corps, et beaucoup mouraient durant ce supplice. Jésus, très affaibli, ne put porter tout seul sa croix jusqu’au lieu d’exécution;

– la crucifixion qui asphyxie et enfin le coup de lance dans le côté, d’où sont sortis «du sang et de l’eau»: ce témoignage de Jean plaide en faveur d’un arrêt cardiaque dû à l’infiltration de liquide dans le péricarde.

Ajoutons le témoignage des Évangiles, qui parlent du moment où Jésus expira, et le fait que les soldats romains savaient bien faire la différence entre un mort et un mourant.

Ainsi, comment supposer que Jésus serait tombé dans un état simulant la mort pour revenir ensuite à un état de conscience normale? Et enfin, comment trouver suffisamment de force pour faire glisser la pierre qui fermait le tombeau? C’est impossible.

Même si Jésus est mort sur une croix, croire ensuite qu’il est ressuscité est du domaine de la foi pure. C’est délirant. Aucun argument ne permet d’appuyer cette théorie. Il est impossible de prouver que son tombeau était vide trois jours après sa mort.

Pour contredire «rationnellement» la résurrection, il faut tenir compte de trois faits marquants: le tombeau vide, les apparitions de Jésus après sa mort et l’origine de l’aventure chrétienne. Si le tombeau n’est pas vide, il ne peut y avoir résurrection, point essentiel argumenté par Benoît XVI dans son livre Jésus de Nazareth: «L’annonce de la résurrection aurait été absolument impossible si on avait pu faire référence au cadavre gisant dans le sépulcre.» En faveur du tombeau vide, l’argument essentiel est avancé par Morison dans Who moved the stone? : «Il n’existe aucune trace, que ce soit dans la Bible ou dans un document apocryphe incontestablement d’époque ancienne, que qui que ce soit ait jamais rendu hommage à la tombe de Jésus.»

Le plus probable, c’est que les disciples de Jésus ont dérobé son corps pour faire croire à la résurrection.

 Cette version du vol est la plus répandue des théories dites «rationnelles». D’après l’Évangile de saint Matthieu, c’est la version choisie par les chefs des prêtres: «Vous direz ceci: ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé pendant que nous dormions.» Mais le tombeau était sous la garde de plusieurs personnes. Et une grosse pierre barrait l’entrée. Enfin, les voleurs auraient-ils pris la peine d’enlever les bandes autour du corps et de plier le linge qui était autour de la tête, à part, comme le précise saint Jean dans son Évangile?: «Pierre aperçut le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandelettes, mais roulé à une place à part.»

Même si Jésus est mort sur la croix, cela n’empêche pas que ses disciples ont pu inventer de toute pièce sa résurrection.

 Le premier argument contre cette «invention» est qu’alors plusieurs textes évangéliques n’auraient pas été rédigés, ou l’auraient été autrement:

1. Les rédacteurs n’auraient pas proposé le témoignage de femmes. Selon Frank-Duquesne, dans La Résurrection de Jésus-Christ: «Dans le monde antique, romain et surtout juif, si ce récit avait été inventé, on n’aurait pas attribué la découverte du tombeau vide à des femmes.» Encore moins aurait-on dit que Jésus ressuscité serait apparu en premier à Marie-Madeleine! L’historien antique Josèphe, déjà cité, écrit que le témoignage des femmes avait si peu de valeur qu’elles n’avaient même pas le droit de témoigner dans une cour de justice!

2. Les rédacteurs n’auraient pas relaté les doutes des disciples, comme dans deux textes fameux: celui des deux disciples allant à Emmaüs qui ne comprennent pas ce qui est arrivé et reconnaissent difficilement Jésus ressuscité; celui de Thomas qui a besoin de toucher les marques de la passion pour croire à la résurrection.

3. Les rédacteurs auraient fabriqué un Christ ressuscité facilement identifiable. Selon Benoît XVI: «Si on avait voulu inventer la résurrection, toute l’insistance se serait portée sur le fait d’être immédiatement reconnaissable et, en plus, on aurait peut-être imaginé un pouvoir particulier comme signe distinctif du Ressuscité.»

4. Les rédacteurs n’auraient pas cité les témoins de la résurrection: en 56, Paul écrivit que plus de 500 personnes avaient vu Jésus ressuscité et que la plupart étaient toujours en vie. Selon Geisler: «Paul aurait immédiatement perdu toute crédibilité devant ses lecteurs de Corinthe en mentant d’une manière si flagrante.»

5. Enfin, pourquoi décider de se rassembler un autre jour que le samedi? Pour Benoît XVI: «Si l’on considère l’importance du sabbat dans la tradition juive, alors seul un événement puissamment bouleversant pouvait entraîner le renoncement au sabbat et son remplacement par le premier jour de la semaine.»

Le deuxième argument essentiel concerne l’évolution du groupe des disciples. Au moment où Jésus meurt sur la croix, ceux-ci n’ont plus de chef. L’aventure semble terminée. Or, ces hommes apeurés et désespérés, sont transformés en quelques jours en individus qui se mettent à proclamer le message de Jésus avec un dynamisme et une assurance impressionnants. Comment expliquer un tel revirement? Pourquoi ces hommes auraient-ils accepté plus tard d’être torturés et tués pour des fables qu’ils auraient pertinemment su être des fables? La seule explication solide: les disciples, après avoir vu Jésus ressuscité, ont été saisis par cet événement, et cela a rendu possible ce nouveau départ. C’est le témoignage unanime des Évangiles. On pourrait ajouter le revirement radical de Paul sur le chemin de Damas, qui, de persécuteur des chrétiens, devient sur le champ un ardent défenseur de la nouvelle foi.

Tout cela est bien beau, mais ça ne prouve rien finalement.

Selon Lane Craig, les «érudits» sceptiques modernes n’expliquent pas rationnellement les faits les plus marquants – le tombeau vide, les apparitions de Jésus après sa mort et l’origine de la foi chrétienne – et ils ne proposent aucune alternative plausible à la résurrection. Il écrit, dans Reasonable faith: «Ceux qui refusent d’accepter la résurrection comme un fait historique avouent qu’ils n’ont simplement aucune explication.»

Bien entendu, les arguments présentés ne constituent pas une preuve indiscutable de la résurrection. Mais, Dieu préfère peut-être le signe à la preuve, et le plus important est peut-être d’être réceptif au message d’amour de Jésus!


Bernard Legras
Professeur honoraire à la Faculté de médecine de Nancy, Bernard Legras a publié de nombreux ouvrages dans le domaine scientifique ou lié à l’histoire de la médecine. Il est l’auteur d’un ouvrage qui vient de paraître: Jésus est-il vraiment ressuscité? Bernard Legras, Téqui, 2014.